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Loi de l'instrument.

Dépendance excessive à un outil familier

La loi de l'instrument, loi du marteau, marteau de Maslow ou marteau d'or est un biais cognitif qui consiste en une dépendance excessive à un outil familier. Abraham Maslow écrivait en 1966 : « il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de tout traiter comme si c'était un clou ».

Le concept est attribué à la fois à Maslow et à Abraham Kaplan, bien que la formule du marteau et du clou ne soit peut-être originale ni de l'un ni de l'autre.

Histoire

L'expression anglaise « a Birmingham screwdriver » (« un tournevis de Birmingham »), qui désigne un marteau, renvoie à la pratique consistant à utiliser un seul outil à toutes fins, et précède Kaplan comme Maslow d'au moins un siècle.

En 1868, un périodique londonien, Once a Week, contenait cette observation : « Donnez à un garçon un marteau et un ciseau ; montrez-lui comment s'en servir ; aussitôt il se met à entailler les montants des portes, à abîmer les coins des volets et des cadres de fenêtres, jusqu'à ce que vous lui appreniez un meilleur usage de ces outils et la manière de contenir son activité dans certaines limites. »

Kaplan

La première formulation attestée du concept est celle d'Abraham Kaplan, en 1964 : « Je l'appelle la loi de l'instrument, et on peut la formuler ainsi : donnez un marteau à un petit garçon, et il découvrira que tout ce qu'il rencontre a besoin d'être martelé. »

En février 1962, Kaplan, alors professeur de philosophie, prononça un discours de banquet lors d'une conférence de l'American Educational Research Association qui se tenait à UCLA. Un article du numéro de juin 1962 du Journal of Medical Education indiquait que « le moment fort de ces trois jours de réunion... se trouvait dans la remarque de Kaplan sur le choix des méthodes de recherche. Il exhortait les scientifiques à faire preuve de discernement dans la sélection des méthodes appropriées à leurs travaux. Le fait que certaines méthodes soient à portée de main, ou qu'un individu donné ait été formé à utiliser une méthode précise, ne garantit nullement que cette méthode convienne à tous les problèmes. Il citait la loi de l'instrument de Kaplan : "Donnez un marteau à un garçon et tout ce qu'il rencontre devra être martelé." »

Dans The Conduct of Inquiry: Methodology for Behavioral Science (1964), Kaplan mentionna de nouveau la loi de l'instrument en disant : « Il n'est guère surprenant de découvrir qu'un scientifique formule les problèmes d'une manière qui exige, pour leur solution, précisément les techniques dans lesquelles il excelle lui-même. » Et dans un article de 1964 pour The Library Quarterly, il citait de nouveau la loi et commentait : « Nous avons tendance à formuler nos problèmes de telle sorte qu'il paraisse que leur solution exige exactement ce dont nous disposons déjà. »

Tomkins et Colby

Dans un recueil d'essais de 1963, Computer Simulation of Personality: Frontier of Psychological Theory, Silvan Tomkins évoquait « la tendance des tâches à être adaptées aux outils, plutôt que d'adapter les outils aux tâches ». Il écrivait : « Si l'on possède un marteau, on a tendance à chercher des clous, et si l'on possède un ordinateur doté d'une capacité de stockage mais sans émotions, on est plus enclin à se préoccuper de mémorisation et de résolution de problèmes que d'aimer et de haïr. » Dans le même ouvrage, Kenneth Mark Colby citait explicitement la loi, écrivant : « La première loi de l'instrument énonce que si l'on donne un marteau à un garçon, il découvre soudain que tout a besoin d'être martelé. Le programme informatique est peut-être notre marteau actuel, mais il doit être mis à l'épreuve. On ne peut décider, par de pures considérations de fauteuil, s'il aura ou non une quelconque valeur. »

Abraham Maslow

Le marteau de Maslow, popularisé sous la forme « si tout ce que vous avez est un marteau, tout ressemble à un clou » et ses variantes, provient de The Psychology of Science d'Abraham Maslow, publié en 1966. Maslow écrivait : « Je me souviens d'avoir vu une machine à laver les automobiles, élaborée et compliquée, qui faisait un magnifique travail de lavage. Mais elle ne savait faire que cela, et tout ce qui tombait entre ses griffes était traité comme s'il s'agissait d'une automobile à laver. Je suppose qu'il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de tout traiter comme si c'était un clou. »

Lee Loevinger

En 1967, Lee Loevinger, de la Federal Communications Commission, baptisa cette loi « loi de l'usage irrésistible de Loevinger » et l'appliqua au gouvernement : « L'équivalent en science politique est que, s'il existe une agence gouvernementale, cela prouve que quelque chose a besoin d'être réglementé. »

Warren Buffett

En 1984, l'investisseur Warren Buffett critiqua les études universitaires des marchés financiers qui recouraient à des approches mathématiques inappropriées :

Ce n'est pas nécessairement parce que de telles études ont une quelconque utilité ; c'est simplement que les données sont là et que les universitaires ont travaillé dur pour acquérir les compétences mathématiques nécessaires à leur manipulation. Une fois ces compétences acquises, il semble coupable de ne pas les utiliser, même si cet usage n'a aucune utilité, voire une utilité négative. Comme l'a dit un ami, pour un homme muni d'un marteau, tout ressemble à un clou. »

Robert Kagan

Dans son ouvrage de 2003, Of Paradise and Power, l'historien Robert Kagan a proposé un corollaire à la loi : « Quand on n'a pas de marteau, on ne veut surtout pas que quoi que ce soit ressemble à un clou. » Selon Kagan, ce corollaire explique la divergence de vues sur le recours à la force militaire que les États-Unis et l'Europe entretiennent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Manifestations

Psychiatrie

Certains détracteurs de la psychiatrie affirment que la loi de l'instrument conduit à la surprescription de médicaments psychiatriques.

Programmation informatique

La notion de marteau d'or, « une technologie ou un concept familier appliqué de manière obsessionnelle à de nombreux problèmes logiciels », a été introduite dans la littérature des technologies de l'information en 1998 en tant qu'anti-pattern : une pratique de programmation à éviter.

Le développeur logiciel José M. Gilgado a écrit que la loi reste pertinente au XXIe siècle et s'applique tout à fait au développement logiciel. Bien souvent, observait-il, les développeurs « ont tendance à utiliser les mêmes outils connus pour mener un projet entièrement nouveau et différent, soumis à de nouvelles contraintes ». Il imputait cela à « cet état de zone de confort où l'on ne change rien afin d'éviter le risque. Le problème, lorsqu'on utilise les mêmes outils chaque fois qu'on le peut, est qu'on ne dispose pas d'assez d'arguments pour faire un choix, car on n'a aucun point de comparaison, ce qui limite ses connaissances. » La solution consiste « à continuer de chercher le meilleur choix possible, même si on ne le connaît pas très bien ». Cela inclut le recours à un langage de programmation que l'on ne maîtrise pas. Il notait que le produit RubyMotion permet aux développeurs d'« envelopper » des langages de programmation inconnus dans un langage familier et d'éviter ainsi d'avoir à les apprendre. Mais Gilgado jugeait cette approche déconseillée, car elle renforce l'habitude d'éviter les nouveaux outils.

D'autres formes d'instrumentalisme étroit incluent : la déformation professionnelle, terme français désignant le fait de « voir les choses du point de vue de sa propre profession », et la capture réglementaire, tendance des régulateurs à envisager les choses du point de vue de la profession qu'ils réglementent.

Dans les médias

Dans la série de science-fiction The Expanse, la femme politique Chrisjen Avasarala dit « Pour un marteau, tout ressemble à un clou » en référence à l'analogie du marteau d'or, lorsqu'elle critique la tendance des chefs militaires de la Terre à voir des actions ennemies derrière chaque événement. Dans son single de 2025 Hammer, Lorde chante « quand tu tiens un marteau, tout ressemble à un clou ». Dans le contexte du couplet dont il fait partie, ce vers est probablement un double sens.